Côte d’Ivoire, le mystère Amadé Ouérémi

Article : Côte d’Ivoire, le mystère Amadé Ouérémi
23 mai 2013

Côte d’Ivoire, le mystère Amadé Ouérémi

Le samedi 18 mai dernier, en suivant le journal télévisé d’une chaîne de télévision africaine, j’apprends qu’un certain Amadé Ouérémi,  chef milicien d’origine burkinabè a été arrêté par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), dans la forêt du mont Péko dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

Je n’avais pas prêté une attention particulière à cette information, mais à l’évocation des origines burkinabè de l’intéressé, je me suis tout de suite senti interpellée. Sur les images présentées, je découvre un petit bonhomme au physique ingrat portant un blouson sous lequel un tee shirt de couleur verte qui semble être celui des FRCI (si on se fie aux mêmes portés par deux personnes debout derrière Amadé Ouérémi),  et un keffieh sur la tête. Avant cet instant, je n’avais auparavant jamais vu ce visage, ni entendu parler de l’homme même aux périodes chaudes de la crise en Eburnie.

Amadé Ouérémi en avant plan
Amadé Ouérémi en avant plan

Les raisons qui ont prévalu son arrestation.
Amada Ouérémi et ses hommes, estimés à environ 400, sont soupçonnés d’être les auteurs du massacre de Duékoué en mars 2011. En son temps, ils combattaient aux côtés des FRCI. Mais cette arrestation me met dans une profonde inquiétude. Une inquiétude justifiée parce que le Burkinabè a toujours été considéré en Côte d’Ivoire comme l’imposteur, celui qui vient  s’accaparer des terres des autochtones. J’ai peur en ce sens que cela pourrait susciter un regain de violence envers les ressortissants Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire, surtout dans l’Ouest du pays.

Cet homme aurait illégalement occupé ce territoire forestier où il s’adonnait à la culture du café et du cacao et imposé sa suprématie pendant 10 bonnes années sur la forêt du mont Péko sans qu’il ne soit en aucun moment inquiété. Il menait donc une vie paisible de « roi de la forêt Péko » jusqu’à cette date du 18 mai 2013. Pourquoi les autorités ivoiriennes ont-elles attendu aussi longtemps pour arrêter Amadé Ouérémi  et mettre fin à ses activités dites illégales? Comment cet homme a pu vivre « clandestinement » dans une forêt classée, donc une forêt sous la protection de l’Etat ivoirien pendant 10 ans ? Où et à qui vendait-il son café-cacao ?

Il faut aussi voir dans cette arrestation, une stratégie de dédouanement du pouvoir d’Abidjan auprès de la justice ivoirienne ou de la Cour pénale internationale (CPI). En effet, le camp du président Alassane Ouattara est accusé de mener une justice à deux vitesses, n’arrêtant et ne jugeant uniquement que les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo.  Amadé Ouérémi ayant combattu avec ses milices aux côtés des FRCI pendant la crise post électorale, il servira alors de mouton de sacrifice du camp Ouattara à la place des chefs de guerre dont les têtes sont réclamées par la CPI.

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Commentaires

Zéna
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Je suis d'accord avec ton analyse. Mais te serais tu inquiétée de ce mouton de sacrifice s'il n'avait pas été Burkinabè? J'ai maintes fois entendu parlé de cet homme quand je rencontrais des Ivoiriens lors de certaines rencontres internationales. Ils ne se privaient pas de me faire remarquer qu'un petit bandit Burkinabè semait la pagaille dans leur pays. Burkinabè ou pas, s'il est réellement coupable,...

Kpénahi
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Merci pour le commentaire, mais qu'il soit Burkinabè ou pas, il va payer pour tous les autres qu'on n'ose pas arrêter. Surtout que les autorités ivoiriennes ne veulent pas le faire juger par la CPI (peut-être de peur qu'il ne fasse des révélations?). Elles veulent le juger en Côte d'Ivoire.Quoi qu'il en soit, le Burkinabè aura du mal à se faire un nom en Côte d'Ivoire quelque soit sa bonne foi.